Pierre Morel A l’Huissier Sabine Dalle suppléante

Pierre Morel et le gaullisme

Les hasards du destin me lient au général de Gaulle. En effet j’ai cette particularité d’être né un jour primordial, bien que souvent oublié, dans l’histoire du gaullisme, le 21 décembre 1958. Cette date marqua le commencement de la Vème République avec l’élection à la présidence de De Gaulle. En dehors de cette surprenante coïncidence j’ai été, dès mon plus jeune âge, bercé par le gaullisme. Ma famille était en effet très proche du Général et mon père fut l’un des premiers à rejoindre le RPF à sa création en avril 1947. La période gaullienne a marqué ma jeunesse à travers des moments mémorables durant lesquels, dans une ambiance sacrale, ma famille se réunissait devant le poste de télévision noir et blanc pour écouter la voix de la France. En effet, quand De Gaulle s’exprimait, lors des fameuses conférences élyséennes, c’était la France qui s’exprimait. Cet héritage est pour moi une grande fierté et est au cœur de mon engagement politique. La célébration des quarante ans de son décès nous permet de réfléchir à nouveau sur l’homme mais aussi sur le personnage politique. Ces deux aspects rythment la vie institutionnelle et politique française et mon investissement en tant que Député et élu local de la ruralité.

De Gaulle c’est avant tout l’exemple d’un homme de conviction. En cette période où les changements d’alliances et de camps se multiplient en politique cette exemplarité doit être mise en avant. A travers le Général De Gaulle il nous faut célébrer un homme qui n’a jamais trahi ses convictions. Son histoire avec la France est celle d’un homme parfois seul du fait de sa droiture. Seul défenseur de la guerre de mouvement avant 1939 il connaitra la solitude du guerrier pendant les longues années de son exil anglais. Alors que nombre de militaires se soumettèrent au régime de Vichy il préféra l’exil et la condamnation à mort pour désertion plutôt que la rupture avec ses convictions. Quelques années plus tard on retrouve cette solitude provoquée par le refus de concessions politiciennes. Bien qu’il eut pu entrer dans le système des partis de la IVème République il préféra, certain de la future faillite de ce système constitutionnel imparfait, prendre l’exil de la Boisserie. L’exercice du pouvoir par De Gaulle nous montre, par ailleurs, que les concessions ne sont pas obligatoires. Ainsi pour garantir la souveraineté de la France dans la construction européenne il n’hésita pas à taper du point sur la table et à rappeler, durant six mois, l’ensemble des représentants français pour faire valoir les intérêts nationaux. Ce moment  que la postérité a gardé sous l’expression de la politique de la chaise vide montre la détermination d’un homme qui a mis les intérêts et la souveraineté de la France au cœur de son engagement. L’exemple d’un homme politique de combat, refusant la facilité, m’a donné le goût de la politique. Le dernier exemple que nous pouvons prendre pour expliciter la droiture du Général de Gaulle et la continuité de ses convictions c’est l’évènement qui marqua la fin de sa carrière publique, le referendum de 1969. La confiance du peuple français a déterminé son action politique. Il n’hésita pas durant les onze années de présidence à se soumettre au suffrage universel à travers les différentes élections mais aussi par l’utilisation du référendum qui prit une tournure plébiscitaire forte. Le General De Gaulle ne pouvait concevoir l'exercice du pouvoir sans le soutien du peuple. La règle qu’il s’était imposé sans qu’aucun article de la Constitution ne le prévoit, il s’y tient en 1969 lorsque le referendum sur la participation et la réforme du Sénat se solda par un échec. Ainsi De Gaulle était un homme de conviction et non de compromis, c’est pour moi un exemple de tous les jours que je m’efforce d’appliquer dans mon engagement national et local.

De Gaulle n’est pas qu’un homme exemplaire par sa droiture et la continuité de ses convictions. C'est aussi un visionnaire et un homme politique dont les conceptions de la France ont marqué et marquent encore la vie politique. Il est frappant de constater l’actualité de sa vision politique. A l’heure d’une mondialisation grandissante, des délocalisations de notre industrie nous pouvons que constater l’importance du néo colbertisme qu’il initia dès son arrivée au pouvoir en 1958 en utilisant le levier de l’économie administrée pour favoriser la constitution de véritables géants nationaux compétitifs mondialement. Par ailleurs nous ne pouvons parler de De Gaulle sans évoquer la politique étrangère. La méfiance face au monde anglo-saxon, issue de leur attitude ambiguë face à la France Libre et au gouvernement de Vichy, marqua sa politique étrangère. Cependant ce qui est au cœur de cette dernière ne peut pas caricaturée à cette méfiance. De Gaulle était avant tout un amoureux de l’Histoire de France et c’est dans celle-ci, de Charlemagne à Hugo en passant par Louis XIV ou la République jacobine, qu’il puisa sa conviction que la France était un pays particulier dont la place dans le concert mondial devait être à la hauteur de sa spécificité. La France des Lumières, la France du génie culturel se devait donc de se démarquer de la politique mondiale hégémoniste des Etats-Unis pour tracer une voie spécifique pour tous les pays qui, se retrouvant dans l’héritage historique universel de la France, refusaient de se ranger derrière un des deux grands. Aujourd’hui alors que l’hégémonie américaine s’estompe et que des pays émergeants prennent un poids sans cesse grandissant il faut se souvenir des convictions du General De Gaulle et mettre en place des politiques ambitieuses pour que la France reste à jamais un pays particuliers, un pays à part, un pays indépendant qui refuse de se faire dicter sa loi par ses voisins. La France de De Gaulle c’est aussi la recherche du rassemblement au delà des divisions dictées par les partis politiques pour unir le pays dans un grand effort national de redressement. Pour cela il a voulu mettre en place une France plus juste à travers la participation. Souvent qualifié de gaullisme social il serait plus juste de parler de gaullisme tout court, le gaullisme a en son sein ce coté social. Refusant de s’aligner sur les clivages habituels entre communisme et capitalisme il préféra esquisser une troisième voie centrée sur la participation des salariés dans la gestion et les bénéfices de leur entreprise.

Vous parlez de De Gaulle c’est donc vous parlez à la fois de ce qui a marqué ma jeunesse mais aussi mon engagement politique. Le gaullisme est toujours d’actualité et surtout dans les territoires ruraux tel le département de la Lozère car le gaullisme c’est la défense des plus faibles et le refus de céder face aux puissants.